La crémation est aujourd’hui un mode de sépulture choisi par un nombre croissant de familles en France. Longtemps marginale, elle représente désormais une part importante des obsèques et répond à des motivations variées : convictions personnelles, considérations pratiques, volonté de simplicité ou encore choix philosophique.
Malgré sa popularité croissante, de nombreuses questions demeurent : pourquoi parle-t-on de « crémation » plutôt que d’« incinération » ? Est-elle acceptée par toutes les religions ? Est-elle réellement écologique ? Combien de temps dure-t-elle et que devient l’urne après la cérémonie ?
Dans cet article, nous vous proposons de découvrir tout ce qu’il faut savoir sur la crémation.
Les termes « crémation » et « incinération » désignent techniquement une même opération : la réduction d’un corps en cendres par l’action de la chaleur. Pourtant, dans le domaine funéraire, seul le terme « crémation » est aujourd’hui employé.
Cette distinction n’est pas anodine. Le mot « incinération » est généralement associé au traitement des déchets ménagers, industriels ou hospitaliers. Son utilisation pour désigner les obsèques d’une personne peut donc paraître déshumanisante ou inappropriée.
Le terme « crémation », issu du latin cremare qui signifie « brûler », est spécifiquement réservé au contexte funéraire. Il permet d’évoquer cet acte avec davantage de respect et de dignité envers le défunt et ses proches.
C’est pourquoi les professionnels du funéraire, les textes réglementaires et les familles utilisent systématiquement le terme « crémation ».
La position des religions face à la crémation varie selon les traditions et les courants de pensée.
L’Église ne refuse plus la crémation à condition que celle-ci ne soit pas envisagée par opposition et provocation à la foi catholique.
Un décret, daté du 8 mai 1963, a supprimé l’interdiction d’obsèques religieuses pour des personnes qui ont choisi la crémation. Le code de droit canonique de 1983 précise la position de l’Église :
Can. 1176 § 3. L’Église recommande vivement que soit conservée la pieuse coutume d’ensevelir les corps des défunts ; cependant elle n’interdit pas l’incinération, à moins que celle-ci n’ait été choisie pour des raisons contraires à la doctrine chrétienne.
Elle continue toutefois de privilégier l’inhumation, considérée comme plus conforme à la tradition chrétienne.
Les Églises protestantes acceptent généralement la crémation sans restriction particulière. Le choix revient à la conscience individuelle et à la volonté du défunt.
Les Églises orthodoxes restent majoritairement opposées à la crémation et privilégient l’inhumation. Cependant, l’Église reconnaît que la crémation peut être choisie dans les cas où l’enterrement est impossible ou pratiquement irréalisable, en raison de problèmes de santé ou de restrictions légales. Toutefois, dans ces cas, une cérémonie religieuse est généralement absente.
Le judaïsme traditionnel interdit généralement la crémation, considérant que le corps doit retourner naturellement à la terre. Certains courants libéraux peuvent toutefois adopter une position plus souple.
L’islam interdit la crémation. L’inhumation du corps est une obligation religieuse et doit intervenir dans les meilleurs délais après le décès.
La plupart des courants bouddhistes acceptent la crémation, qui est même largement pratiquée dans de nombreux pays asiatiques.
La question de l’impact environnemental de la crémation fait régulièrement débat.
D’un côté, la crémation évite l’occupation durable d’un terrain funéraire et limite certains aménagements liés aux concessions. De l’autre, elle nécessite une importante consommation d’énergie pour porter le four à des températures comprises entre 850°C et 900°C. Les crématoriums modernes sont toutefois équipés de systèmes de filtration performants qui permettent de réduire fortement les émissions atmosphériques.
Contrairement à une idée reçue, les cercueils en carton ne sont pas nécessairement plus écologiques que les cercueils en bois massif lors de la phase de crémation. En effet, le carton possède un pouvoir calorifique beaucoup plus faible que celui du chêne ou d’autres bois massifs. Lorsqu’un cercueil en carton est introduit dans le four, il produit moins d’énergie lors de sa combustion et participe moins au maintien de la température nécessaire au processus. Le four doit alors consommer davantage de combustible pour conserver une température optimale tout au long de la crémation.
À l’inverse, un cercueil en chêne dégage davantage de chaleur lors de sa combustion. Cette énergie contribue au maintien de la température du four et réduit les besoins énergétiques complémentaires du crématorium.
Ainsi, si le carton présente certains avantages en matière de fabrication ou de transport, il n’est pas forcément le choix le plus écologique lorsque l’on considère uniquement la phase de crémation. Une analyse environnementale complète doit prendre en compte l’ensemble du cycle de vie du cercueil : production des matériaux, transport, utilisation et traitement final.
La durée d’une crémation dépend de plusieurs facteurs :
En moyenne, la crémation d’un adulte dure entre 1 h 30 et 2 h 30.
Le cercueil est placé dans un four spécialement conçu pour cette opération. La température élevée permet la combustion progressive du cercueil puis la calcination des os.
Après la phase de combustion, un temps supplémentaire est nécessaire pour le refroidissement et le traitement des restes osseux qui seront ensuite réduits en une poudre fine constituant les cendres funéraires.
Au total, l’ensemble des opérations techniques peut s’étendre sur plusieurs heures avant la remise de l’urne à la famille ou à l’opérateur funéraire.
La crémation suit un protocole strict garantissant l’identification du défunt et le respect de la réglementation.
1. L’identification du défunt
Avant toute opération, une plaque réfractaire portant un numéro unique accompagne le défunt tout au long du processus afin d’assurer une traçabilité parfaite.
2. L’introduction du cercueil
Le cercueil est introduit seul dans le four de crémation. La législation interdit toute crémation simultanée de plusieurs défunts.
3. La phase de combustion
Le four est maintenu à très haute température. Le cercueil se consume progressivement tandis que les tissus du corps disparaissent sous l’effet de la chaleur.
4. La récupération des restes osseux
À l’issue de la combustion, seuls subsistent des fragments osseux minéralisés.
5. La réduction en cendres
Ces fragments sont placés dans un appareil appelé « pulvérisateur » ou « crémulateur » afin d’être transformés en une poudre homogène.
6. La mise en urne
Les cendres sont recueillies dans une urne funéraire portant l’identité du défunt avant d’être remises à la famille.
La législation française encadre précisément la destination des cendres.
Déposer l’urne dans un columbarium
Le columbarium est un espace composé de niches destinées à recevoir les urnes funéraires au sein d’un cimetière ou d’un site cinéraire.
Inhumer l’urne
L’urne peut être enterrée dans une concession familiale ou dans un espace cinéraire spécialement aménagé.
Sceller l’urne sur un monument funéraire
Certaines communes autorisent le scellement d’une urne sur une sépulture existante.
Disperser les cendres au jardin du souvenir
Les jardins du souvenir sont des espaces collectifs, au sein d’un cimetière, spécialement conçus pour accueillir la dispersion des cendres.
Disperser les cendres en pleine nature
La dispersion est autorisée dans les espaces naturels tels que les montagnes, les forêts ou la mer, sous réserve de respecter certaines règles. Elle est notamment interdite sur la voie publique et dans les espaces privés accessibles au public.
Il est important de rappeler qu’en France, les cendres possèdent le même statut de respect et de dignité que le corps du défunt. Elles ne peuvent donc pas être conservées librement à domicile.
Le coût d’une crémation varie selon les régions et les prestations choisies. En moyenne, le prix d’une crémation est de 4434 € incluant les frais d’obsèques, le cercueil, la cérémonie et les frais du crématorium.
La crémation consiste à réduire le corps en cendres grâce à la chaleur d’un four crématoire. L’inhumation consiste à enterrer le cercueil dans une sépulture au sein d’un cimetière. Le choix dépend des volontés du défunt, de ses convictions religieuses et de son projet funéraire.
En France, la crémation doit généralement être réalisée dans les 14 jours calendaires suivant le décès. Des délais particuliers peuvent s’appliquer dans certaines situations administratives ou judiciaires.
Non. Depuis la loi du 19 décembre 2008, les cendres d’un défunt ne peuvent plus être conservées à domicile de manière permanente. Elles doivent être déposées dans un lieu autorisé ou dispersées conformément à la réglementation.
Longtemps resté dans un flou juridique, le devenir de ces résidus a été clarifié par la loi « 3DS » du 21 février 2022.
Le texte est sans équivoque : les métaux issus de la crémation ne sont pas assimilés aux cendres du défunt et ne peuvent donc pas être remis aux héritiers dans l’urne funéraire.
La loi (article L. 2223-18-1-1 du Code général des collectivités territoriales) prévoit en effet une destination bien précise pour ces matériaux : ils doivent ainsi être récupérés par le gestionnaire du crématorium. Ce dernier les cède ensuite à des entreprises spécialisées dans le recyclage. Toutefois, l’argent ainsi récolté ne peut en aucun cas enrichir l’établissement : il doit obligatoirement être reversé à des associations d’intérêt général ou à une ou plusieurs communes afin servir à financer les obsèques des personnes dépourvues de ressources suffisantes.
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